Scandales dans les abattoirs. Pour une mort digne des animaux. Notre position.

Communiqué de la COMAGRI, du 15 décembre 2016

Scandales dans les abattoirs

Apporter de vraies alternatives pour une « mort digne des animaux »

L’association L214 a révélé un scandale devant lequel on a fermé les yeux depuis des dizaines d’années malheureusement. Aujourd’hui, face à ce scandale, certaines solutions telle la vidéo surveillance généralisée est envisagée dans les abattoirs et suscitent des débats passionnés et des incompréhensions.

Pour la commission agricole d’Europe Écologie les Verts, la véritable réponse se trouve dans la recherche d’alternatives à tous les stades pour une bientraitance de la naissance à la mort de l’animal et dans un nécessaire dialogue constructif loin des oppositions stériles.

L’élevage industriel a massifié la production alimentaire et l’animal est devenu une chose dans des ateliers hors sols de plus en plus importants. Les techniques ont fait le reste en appauvrissant les savoir-faire de tous les professionnels soumis aux logiques déshumanisantes du marché. «On ne pense plus, on compte ».

* C’est en améliorant les pratiques à tous les stades avec l’ensemble des acteurs concernés

* C’est en réorientant les financements vers des nouveaux modèles d’abattoirs tels que les abattoirs mobiles

* C’est en formant le personnel et en revalorisant l’ensemble des métiers

Que nous renouerons avec des systèmes d’élevage qui respectent les animaux de leur naissance à leur mort.

 

 

 

Pour une mort digne des animaux

Position de la commission agriculture et ruralité EELV

Le 12 mai 2016

 

Les récents scandales médiatisés concernant plusieurs abattoirs du sud de la France, ont conduit à reposer la question de la mise à mort des animaux et des conditions dans lesquelles cet acte est réalisé.

La Commission Agriculture et ruralité d’EELV se déclare choquée et révoltée face à ces atrocités. Elle souligne la prudence nécessaire pour ne pas laisser l’émotion dépasser la raison.

D’une part, tous les abattoirs ne sont pas hors la loi. Cependant, ces faits démontrent qu’il n’y a pas de petits abattoirs vertueux et des grands abattoirs honnis. C’est tout le système qui est à revoir : L’organisation même des abattoirs actuels porte en elle une maltraitance animale.

D’autre part, le risque de stigmatisation des abattoirs agréés pour les produits bio ou locaux doit être évité. Trop ciblés, ils pourraient disparaitre et cela ne profiterait qu’aux filières industrielles standardisées de l’agroalimentaire.

Les vidéos des abattoirs d’Alès et du Vigan ont été filmées en caméra cachée par une association pro-végétarienne, L214. Elles permettront une plus grande prise de conscience des consommateurs.

La Commission Agriculture et ruralité, si elle reconnait l’importance du choix d’être végétarien, considère que la consommation de viande ne doit pas être bannie a priori du régime alimentaire, mais doit être largement revue à la baisse au profit des protéines végétales. La viande consommée peu régulièrement sera de qualité, de proximité et provenant d’animaux élevés dans des conditions respectueuses pour l’environnement et la dignité animale.

C’est sur ce mot de dignité que se fonde notre position.

La « production animale », filière industrielle produisant du « minerai », ne permet pas de remplir les conditions suffisantes de dignité pour les animaux, ni pour les hommes les accompagnant. En effet, cet univers concentrationnaire composée d’unités intensives et d’abattoirs industriels entraine systématiquement l’utilisation d’antibiotiques préventifs, la maltraitance animale, la perturbation des cycles de vie (faible espérance de vie) et génère des pollutions environnementales et de voisinage importantes.

Au contraire, la Commission Agriculture et ruralité affirme que l’élevage paysan basé sur le travail avec la nature, la qualité des produits, l’autonomie, le développement local, permet une vie digne pour le bœuf, le mouton, la poule, le porc, le cheval et un mode de travail respectueux pour l’agriculteur.

Tout au long de sa carrière, l’éleveur fait naitre, grandir ses animaux. Il leur apporte nourriture et soin. La mise à mort n’est pas une fin en soi, mais juste une fin. L’abattage est pour l’agriculteur un moment critique. L’éleveur n’y prend pas de plaisir, bien au contraire, c’est un moment difficile, d’autant plus que c’est une étape de la vie de l’animal sur laquelle il n’a plus de maitrise.

En effet, l’éleveur voit partir généralement ses bêtes à des dizaines de kilomètres (80km en moyenne). Les carcasses qui lui reviennent sont-elles bien celles des animaux partis ? Comment ont-ils été tués ? Se sont-ils aperçus de leur fin proche ?

On voit bien à travers ces questions d’éthique et de condition animale, que la question des abattoirs ne se résume plus aux seules traçabilité, hygiène et normes sanitaires, mais plus largement à l’organisation de l’abattage dans les abattoirs.

Il en est de même pour l’abattage rituel-hallal : Quel rituel/sens peut-il y avoir dans un abattoir industriel ?

La Commission Agriculture et ruralité soutient le plan d’action national en faveur du bien-être animal et soutient les propositions immédiates du Gouvernement de :

  • Fermeture des abattoirs frauduleux,
  • Inspection de tous les abattoirs de boucheries de France (263 établissements) et de transparence des résultats de contrôle,
  • Création d’un délit de maltraitance animale (et non de simple contravention),
  • Désignation de référent-salarié par abattoir « représentant pour la protection animale », renforcement de sa formation et lui assurer le statut de lanceur d’alerte.

La commission Agriculture et ruralité propose :

  • De revoir les conditions d’accueil et de ralentir les cadences dans les abattoirs.
  • Un étiquetage obligatoire de la provenance des viandes incorporées dans des plats préparés.
  • Un étiquetage du mode de production de l’animal (paysan, industriel…)
  • Le relèvement du prix des produits carnés de qualité qui soit au moins égal au coût de revient.
  • La reconstruction d’une relation partenariale entre les éleveurs et bouchers, pour favoriser la vente en circuits courts.

 

La Commission Agriculture et ruralité préconise la mise en place de solutions alternatives de proximité :

« Une ouverture vers d’autres modalités d’abattage prenant en compte la relation des éleveurs avec leurs animaux et avec les concitoyens est urgente et indispensable pour que les éleveurs, et nous tous collectivement, soyons en mesure d’assumer l’abattage des animaux et bénéficier, dans une juste mesure, d’une alimentation carnée de qualité. » (1)

  • Le maintien d’abattoirs à vocation territoriale, dits « locaux » et l’évolution de leurs pratiques. Ces abattoirs doivent prendre la mesure de leur responsabilité dans la chaine de production de viande, et traiter avec un respect particulier les animaux qui ont été élevés avec soin et sens durant leur vie. Il est essentiel pour cela de revoir leur organisation en passant d’un travail à la chaine à un modèle transversal de partage des tâches. Les salariés peuvent ainsi mieux percevoir les conséquences de leurs actions, l’utilité de leur travail, et éviter que les postes les plus ingrats ne soient occupés par les mêmes personnes 8 heures durant.

La garantie de cette bonne organisation peut être apportée par une gestion collective de l’abattoir par les éleveurs du territoire, organisés en coopérative ou groupement. Les abattoirs de proximité ont une carte à jouer dans l’amélioration de leurs pratiques.

  • Le développement d’abattoirs à la ferme in situ. Les animaux maintenus dans un environnement familier, ne subissent pas le stress du transport, ni de l’attente. L’éleveur peut choisir les personnes avec qui il travaille (tueur, boucher) et a un regard direct sur les conditions de mise à mort et l’origine des carcasses.
  • La mise en place d’abattoirs mobiles.

Des camions-abattoirs souvent le fruit d’une coopération entre éleveurs, ont été testés dans plusieurs pays européens. Ils ne sont pas autorisés en France.

Une autre alternative en test : les caissons de saignée in situ, puis les bêtes mortes sont envoyées à l’abattoir pour la découpe et le contrôle sanitaire.

Pour en savoir plus :

http://www.editionsdupalais.com/ouvrages/royaumont/

https://www.facebook.com/Quand-labattoir-vient-à-la-ferme-1684101585156112/?fref=ts

 

(1) Cette citation et de nombreuses réflexions, sont issues de l’ouvrage collectif « Livre blanc Pour une mort digne des animaux », dirigé par Jocelyne Porcher, Directrice de recherches à l’INRA.

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